dimanche 12 février 2012

HP .1.1 12.03.2012


" J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.

Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.

Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche."

B.
Les fleurs du Mal


dimanche 5 septembre 2010

Par une belle après midi de printemps, recherchant la douceur des premiers rayons de soleil sur la pâleur de mon visage, blafard reflet d’un hiver trop long et trop pluvieux, je me promenais.

Un musée quelconque exposait en ce printemps cent vingt dessins érotiques d”artistes. La conjugaison de l’art et de l’érotisme avait donc attiré mes pas vers cette exposition temporaire. La nudité artistique m’ayant toujours envoûtée, je m’étais moi même essayée artistiquement dans cette catégorie, couchant sur le papier, des courbes féminines.Cela m’avait amusé.

Il était aux alentours de seize heures lorsque je pénétrais dans les locaux très peu fréquentés en cette aussi délicieuse journée. Une aubaine. Je n’aime pas les musées bondés de visiteurs plus ou moins disciplinés.

Je m’attardai un instant devant une toile, puis poursuivant mon parcours, je m’extasiai sur un dessin en particulier. Il datait de 1906 et représentait, avec beaucoup de réalisme, une femme à demi-nue, la jambe droite relevée, en train de se caresser, ou peut être déjà en pleine jouissance solitaire.

C’est alors que je fus interpellée par la voix d’un homme aux résonances gutturales, mais auxquelles je n’aurais pu attribuer un pays scandinave en particulier.Je me retournai, et étrangement guidée par le son de sa voix, je posai mon regard uniquement sur la partie inférieure de son visage, et plus particulièrement sa bouche, une bouche attirante, à embrasser dans cette atmosphère érotique dominée par la sensualité
Tout aussi étrangement, ça n'était pas à moi que l'homme s'adressait. Pourquoi l'aurait-il fait d'ailleurs ? Je n'avais aucune connaissance dans ce quartier, et je n'attendais personne. Pourtant, c'était bien moi qu'il fixait et non cette demi-blonde, trop jeune pour être sa fille et pas assez vieille pour être sa femme.Alors que l'autre femme s'avançait vers lui, je vis son regard quitter mon visage pour glisser, lentement, trop lentement, le long de ma silhouette.

J'aurais dû me retourner, signifier ma gêne, ou mon dédain, quelque chose enfin, mais je restai là, figée telle ces esquisses sous verre, flattée même de pouvoir, dans le regard profond et vrai de cet homme, être comparée à l'une d'elle. Et l'envie folle me prit de suggérer moi aussi la posture lascive d'un de ces croquis qui m'avaient envoûtés.

Il mit fin à cette hypnose insupportable et délicieuse en s'approchant de moi, en me tendant sa carte, que j'acceptais du bout des doigts, sans comprendre un seul des mots qu'il prononça dans un français pourtant sonore. Je balbutiai même quelque idiotie que je regrettai aussitôt, mais il avait déjà quitté la galerie, et le temps reprenait brutalement son cours.

L’air était doux, je laissais traîner mes pas, attentive au moindre bruit ou odeur qui titillait mes sens en alerte.Attablée dans un petit bar exigu et bruyant, je commandais un café. Il entrait dans le bar, seul, C'était lui, à nouveau. Il était là, à la porte, et je sentis la violence de mon cœur sous mes seins, brutalement agité. Une main se posa sans lourdeur sur mon épaule. Il me sourit. Je me retournai en prenant une profonde et discrète respiration. Non, je n'étais plus la petite fille qui glissait une chaise sous la poignée de la porte pour empêcher mes frères et leurs copains de pénétrer dans la salle de bain pendant que je me douchais. Non, je n'étais plus la frêle étudiante rougissante qui se levait entre les tables pour réciter son cours, pétrifiée par les regards.

Je détaillai sa silhouette, mais pas que… Un je ne sais quoi de plus dérangeant avait volontairement teinté mon regard dans la poursuite de mon estimation. J’envisageai sa stature, sa carrure, sa taille, le bombé de son cul musclé, jusqu’à son entre- jambe, n’avait plus de secret pour moi.

Il avait réglé mon café, s’était dirigé vers la sortie, je l’avais suivi. Son assurance m’avait désorientée et sa nouvelle tenue troublée.

– Et maintenant où allons-nous, me demandait-il avec innocence mais un regard insoutenable.
– Chez toi, qu’en penses-tu ?

Que m’avait-il pris de le tutoyer ainsi, de le circonscrire ainsi. Sur l’instant, je ne me posai pas la question. Je le voulais dans ma bouche ! Et pas plus tard que tout de suite ! Je m'approchai soudain de lui et le tirai en arrière, accroché à ce sourire, pour disparaitre derrière une porte qui se refermait lentement, derrière un locataire qui avait depuis longtemps quitté les lieux. Je l'avais plaqué contre le mur de pierre , nous abandonnant dans une obscurité incertaine. Ma bouche mangeait déjà la sienne. Et ma main, glissée entre ses cuisses, frottait du plat de sa paume crispée, insistante, la bosse de son sexe qui ne mit pas longtemps à se raidir dans son jean.Il avait décidé de se laisser faire, les mains appuyées en arrière contre le mur, comme s'il avait deviné très exactement ce que j'attendais de cette situation. Oui, je le voulais dans ma bouche, sans résistance.

Je fis sauter les quatre boutons de son jean, plongeai aussitôt la main à l'intérieur de son caleçon et libérait sans attendre son sexe dur de sa cage.

Ma langue libéra la sienne, et je glissai le long de son torse, rapidement, la main masturbant déjà comme par réflexe l'objet de mon désir. Quand je fus à genoux, je le mis enfin dans ma bouche, profondément.C'était tellement bon de l’avoir dans ma bouche ! Les veines de son pénis étaient gonflées, je les sentais vibrer sous ma langue. Et je m'accrochai, d'une main sûre, à ce sexe brandi, et je le fis coulisser trop vite, ce gland humide, que ma langue, que mes joues, que mes lèvres, découvraient avec une gourmandise insatiable.

Plus il me laissait maitresse, et plus grandissait en moi l'envie de m'offrir à lui sans aucune retenue. Je mouillai déjà tellement !La tiède moiteur s’échappant de mon sexe en une source érotique envahissait mon esprit

Mon regard planté dans le sien, je recherchai le moment de la jouissance. J’emprisonnai sa raideur au fin fond de ma gorge pour en extraire le précieux nectar. Je n’avais plus d’yeux que pour sa bouche.Entrouverte, grimaçante, laissant échapper des gémissements soutenus, d’une façon déconcertante, elle exprimait sa jouissance à l’instant très précis où je récoltais au fond de ma gorge le premier jet de son plaisir.

J’en accueillais le jaillissement suivant sur ma poitrine largement dénudé dans l’urgence. Dans la complicité d’un orgasme troublant et violent, nos plaintes jouissives sans retenu s’emmêlaient au même rythme que nos souffles haletants, avant de s’affaiblir puis de disparaître.

Je me relevai lentement, cherchai dans le fond de mon sac de quoi effacer les traces de nos débordements. Puis en silence, je m’appliquai à essuyer le fruit de sa jouissance largement étalé sur mes seins sous son regard.

J’étais prête à m’enfuir comme une voleuse, honteuse de mes agissements, mais il arrêtait net ma dérobade en m’attirant à lui, prolongeant son sourire d’un baiser si vorace qu’il réduisait à néant ma fugace confusion.Lorsqu’il relâchait la complicité de nos langues mélangées, il me murmurait à l’oreille « ce fut un délice ». Puis il poursuivait.

– À vrai dire, je suis photographe de mode. Lorsque je t’ai vue dans ce musée, je t’ai imaginée sur papier glacé dans des poses lascives.
– Je suis désolée !
– Désolée ? Pourquoi désolée ? Ca ne te tente pas ?
– Si, bien sûr, mais…
– Mon atelier est tout près d’ici !

vendredi 3 juillet 2009


"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins.Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à
trois, cogner contre les dents.
Lo. Li. Ta."



V. Nabokov - Lolita

jeudi 11 juin 2009

Littérature Contempo.


"Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination."
M. Proust

mardi 28 avril 2009

Sur mès lèvres



Je te rencontre. Je me souviens de toi.
Qui est tu ?


Tu me tues. Tu me fais du bien.
Comment me serais je doutée que cette ville était faite à la taille de l'amour ?

Comment me serais je doutée que tu étais fait à la taille de mon corps même ?
Tu me plais. Quel événement. Tu me plais.
Quelle lenteur tout à coup. Quelle douceur.
Tu ne peux pas savoir.
Tu me tues. Tu me fais du bien.
Tu me tues. Tu me fais du bien.
J´ai le temps. Je t´en prie. Dévore-moi.
Déforme-moi jusqu´a la laideur.
Pourquoi pas toi ?
Pourquoi pas toi dans cette ville et dans cette nuit pareille aux autres au point de s´y méprendre ?
Je t´en prie…

(…)

Je te rencontre. Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l´amour. Tu étais fait à la taille de mon corps même.
Qui est tu ?
Tu me tues.
J´avais faim. Faim d´infidélités, d´adultères, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.
Je me doutais bien qu´un jour tu me tomberais dessus. Je t´attendais dans une impatience sans borne, calme.
Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.
Nous allons rester seuls, mon amour.
La nuit ne va pas finir. Le jour ne se levera plus sur personne.
Jamais. Jamais plus. Enfin
Tu me tues. Tu me fais du bien.
Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.
Nous aurons plus rien d´autre à faire que, plus rien que pleurer le jour défunt.
Du temps passera. Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra. Où nous ne saurons plus nommer ce qui nous unira. Le nom ne s´en effacera peu à peu de notre mémoire.
Puis, il disparaîtra tout à fait.

Hiroshima mon amour, Marguerite Duras

vendredi 13 mars 2009

Méditation des heures perdues

" La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide." "Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas." "Longtemps je me suis couché de bonne heure."* Ces premières phrases de roman évoquent-elles des souvenirs? Au-delà du jeu de devinette, sait on quelles force d'attraction opèrent les premiers mots d'un récit? A t-on envie de savoir pourquoi Aurélien revit la laide Bérénice? (puisqu'il est évident qu'il va la revoir.) Il est des premières phrases qui nous laissent sur le seuil. Premiers mots, ne sont destinés qu'à moi, lecteur, puisque l'usage que je ferais de ce roman restera strictement personnel. Le choix de nos livres dit un peu ce que nous sommes et beaucoup de ce que nous cherchons? Nous comptons sur eux comme sur des guides pour éclairer les régions profondes de notre être.



*- Aurélien, Louis Aragon
- L'Etranger, Albert Camus
- Un amour de Swann, Marcel Proust

dimanche 23 novembre 2008