
Comme un goût amer dans la bouche. Cette ombre était encore plus présente . Ce sentiment de plonger dans l'obscurité était de plus en plus intense. A quoi se résumait la vie désormais? A quoi bon s'accrocher à des fantômes, des masques et des poupées oubliés au fond d'un coffre, des souvenirs, des bouts de rêves ou plutôt des bouts de réalité? Elle avait décidé de fuir,comme toujours puisque fuir était la chose qu'elle savait faire le mieux . C'était devenu trop difficile de parcourir les rues froides et impersonnelles, de contempler les visages mornes, ces masques sans expressions, trop difficile d'être inexistante, insignifiante, au milieu de cette foule sans nom. June entrait dans sa seizième année, découvrait le monde et apprenait la vie à travers la haute tour que ses propres parents avaient dressé contre elle . Elle n'était pas actrice de sa vie puisqu'elle vivait en dehors. Elle n'était pas actrice puisqu'elle en était simplement victime.June s'enfermait et ne connaissait plus le goût des choses. Seulement, elle aimait la vie et elle voulait y croire. Elle ne supportait plus de vivre dans le dos de tous ces pantins. Elle aussi existait mais elle l'avait compris depuis tellement de temps, on ne vit pas dans le silence.
Son corps frémissait au contact de cette eau brulante. Tous ses sens rentraient en ébullition, chaque parties de son corps mêmes les plus infimes se sentaient alors exister. Pendant trop longtemps l'eau de cette piscine n'avait été pour la jeune fille que synonyme de douleur, de souffrance, de moment de supplice. Et pourtant, lorsqu'il avait disparu, lorsqu'elle avait pu regagner une vie loin de lui et de toutes les réminiscences qu'il engendrait, elle éprouvait ce besoin de se plonger toute entière dans cet océan d'enfance. La pièce n'était pas très grande, n'était pas très éclairée, n'était pas belle, n'était pas agréable. Elle était tout simplement vide, d'un blanc immaculée. Deux bancs près de la porte. Une fenêtre inaccessible dans un des coins. Et ce bassin, ce bassin immense qui faisait valser des nuages de fumée grise épaisse, ce bassin qui recrachait à la gueule de June toute son enfance pourrie, ces maux, cette souffrance. Mais elle aimait ça, elle aimait cette douleur qui l'avait fait grandir. Elle aimait éprouver du chagrin en repensant à tout ça et malgré elle, elle ne pouvait s'en passer. Son pied, puis sa jambe entière viennent troubler le calme de cet étendu d'eau paisible puis c'est son corps tout entier, son corps qui s'ouvrent au silence de cet environnement liquide. Tout se transformait, tel un cocon qui s'ouvre à la vie, une chenille qui devient papillon, le monde n'est pas le même. "On court tous à reculons."